
"Ici, tout est Elvis. On sent sa présence, et on la sentira toujours. Graceland demeure un monument à Elvis et au mouvement musical qu'il a créé"
Jack Soden, directeur de Graceland

Graceland, la demeure d'Elvis à Memphis, est aussi connue aux
U.S.A. que la Maison Blanche. Graceland ne repose pas sur 200 ans
d'histoire mais sur le seul mythe Elvis. Aucune de ses chansons,
aucun de ses films, rien de ce qu'il a fait ne reflète aussi
bien sa sensibilité artistique que cette maison sur une colline
de Memphis.A Graceland, Elvis y respire. Chaque centimètre,
chaque odeur, chaque bruit est de lui. Aucune maison privée, ou
publique, n'expose la personnalité de son propriétaire avec
plus d'aggressivité que Graceland. Graceland est une grande
demeure de la banlieue chic de Memphis, pourvu de 5 hectares et
demi de terrain.
La propriété est édifié durant la guerre de secession par
T.E. Toof, journaliste au Memphis Daily Appeal.
Graceland doit son nom à la fille de Toof, Grace, qui en a hérité
de son père, puis l'a léguée à sa nièce Ruth, épouse d'un médecin
de la ville Thomas D.Moore.
Les Moore on fait construire en 1939, la demeure achetée par
Elvis.
Le 26 Mars 1957, Elvis achète Graceland pour 100 000$, qu'il
paye au comptant. Pendant les 6 mois qui suivent son acquisition,
Elvis investit pas moins de 400 000$ dans des travaux, et durant
20 ans qu'il passera dans dans les lieux, il entreprendra sans
cesse des modifications. Il engloutira des sommes colossales dans
son rêve de gosse: faire de sa maison un véritable palais de
roi de conte de fées. Peu après avoir emménagé, Elvis fait
repeindre la façade en bleu et or - elle est éclairée par des
projecteurs, afin que les couleurs soient visibles la nuit. Pour
meubler les nombreuses pièces, il ne craint pas de mélanger les
styles, mariant assez curieusement le Louis XIV au contemporain
américain des années 50. La seule chose qui ne changea jamais,
se sont les fameuses grilles (musicales) en fer forgé de l'entrée
du Parc qu'il fit poser en 1957. Les notes de musique et la
silhouette du guitariste de rock qu'elles représentent furent le
premier blason d'Elvis, un faire part part bien explicite de qui
vivait là, bien avant le code TCB. Elvis se fit faire une
chambre à coucher tout en noir, avec des parements en cuir blanc.
Des lumières et des nuages clignotants planeraient dans le
corridor principal. Le salon serait tendu de papier mauve et or,
et des doubles rideaux en velours blanc garniraient les fenêtres.
Des batteries de spots bleu et or, installés à l'extérieur,
feraient scintiller la maison la nuit. En six mois, Elvis dépensa
500 000 dollars de travaux.

Comme un artiste qui se voue à son grand oeuvre, Elvis n'arrêta jamais de redécorer Graceland. En 22 ans il construisit d'autres pièces, démolit lui-même au bulldozer les bâtiments de la cour, transforma et rénova.
Le résultat signe la création de l'homme qui chanta aussi bien Money Honey que Rock-A-Hula-Baby ou My Way.
Une fois les grilles ouvertes, on voit, au bout du chemin
incurvé, la façade à l'antique, avec son portique massif
supporté par 4 colonnes blanches de style corynthien: Hommage
distingué à la culture sudiste, la demeure de proportions
modestes -un peu plus de 900 mètres carrés- conserve un petit
air gracieux du passé. Elvis voulut que sa demeure soit un monde
à part, avec ses propres règles de conduite et ses codes. Et
bien sûr un mode de vie qui inversait le jour et la nuit. Pour
être honnête, il s'agissait plus d'argent que de culture. Les
vieilles fortunes vivent dans des chateaux et des palaces. Le
self-made man, quand il devient riche, emménage dans ce genre de
villa. Mais en fait Elvis était fier de montrer cet argent neuf.
Graceland est un hymne au pouvoir d'achat. Chaque pied de meuble,
chaque objet d'art, chaque bibelot avait été acheté rutilant,
et généralement manufacturé à la demande d'Elvis. Il détestait
les collections d'antiquités: elles lui rappelaient l'époque où
il était pauvre.La première chose qui frappe en entrant à
Graceland c'est l'odeur, un arôme familier, comme celui des
chambres d'hôtel fraîchement néttoyées. C'est l'odeur du
produit favori des ménagères sudistes, le Pine Sol, au parfum
frais et sirupeux. Une odeur étourdissante, une pétition
olfactive qui assure que ce monde ne veut rien avoir à faire
avec le monde réel. Le silence pesant que trouble seulement le
ronflement de l'air conditionné, renforce l'impression de
claustration. Les fenêtres ne s'ouvrent pas; certaines sont
bloquées en permanence. Aucun bruit ni lumière 'y sont tolérés.
Bien sûr se pourrait être une façon de se protéger du climat
du Tennessee, de se mettre à l'abri du soleil et de l'humidité.
Mais une observation plus fine montre que la mise en scène de
Graceland ne répond à aucune logique climatique ou culturelle.C'est
une image fantastique de la richese dans le style insolent qui était
le propre d'Elvis.
La démesure du succès d'Elvis explique pourquoi Graceland
affecte viscéralement ses visiteurs. Nul ne pet traverser cette
maison sans s'émouvoir. La préciosité des bibelots, le
raffinement, la clarté, l'harmonie des couleurs, la simplicité
des meubles, le confort: autant de clichés à l'usage d'un décorateur
sans imagination! Elvis qui recherchait la perfection dans ses
rocks les plus durs ou dans ses costumes les plus voyants de
Vegas, réussit avec Graceland à jeter à bas toutes les règles
du goût, à se libérer de toutes les conventions en matière de
décoration. Aujourd'hui, les visiteurs peuvent voir le salon, la
salle à manger, la salle de musique, la salle de télévision,
la salle de billard, la "Jungle-Room", la salle des
trophées et le court de squash. Ils découvrent aussi une partie
de la collection automobile d'Elvis. Chaque jour, 2500 personnes
se rendent à Graceland, faisant de ce lieu le deuxième des bâtiments
les plus visités des Etats-Unis, après la Maison Blanche à
Washington. On visite d'abord le salon et la salle à manger. Ce
sont sans dout les pièces les moins originales de la maison,
encore qu'elles soient très voyantes par rapport aux critères
de décoration, avec notamment un énorm lustre de cristal au-dessus
d'une grande table en miroir. Les fenêtres sont habillées de
lourdes draperies bleu nuit bordées de galon doré. Dans le
salon, des paons en verre coloré semblent veiller sur la
moquette et les fauteuils blancs. Dans ces deux pièces, Elvis
organisait des fêtes pour ses amis.
Dans la salle de musique, trône un piano à queue de concert
entièrement doré. Cette pièce est encore tendue des
tapisseries rouges, chères à Linda Thompson Le king a travaillé
là, à l'arrangement de la majorité de ses chansons. Il y a
passé également de longues heures, à jouer et à chanter pour
son plaisir, surtout du blues et des gospels(ses airs favoris).
Après le cuisine, on descend un escalier, aux murs et au plafond
recouverts de miropirs, puis on parvient à la salle de télévision
et à celle de billard. Inspiré par une pièce similaire de la
Maison-Blanche, Elvis a fait installer dans la première rien
moins que trois postes de télé, afin de pouvoir regarder
simultanément plusieurs émissions. Sur le mur de la salle de télévision
sont peints le zigzag d'un éclair et trois lettre: TCB,
initiales de la devise d'Elvis.
Taking Care of Business, ce qui signifie à peu près
"Bien faire ce que l'on doit faire".La salle de billard
est entièrement revêtue de 360 mètres de coton à motifs
imprimés rouge, patiemment plissés. Outre le billard, elle
contient un juke-box et un projecteur de cinéma. La "Jungle-room"
est la plus originale de Graceland, et c'est sans doute le clou
de la visite. C'était la pièce favorite d'Elvis et la seule qu'il
ait entièrement décoré lui-même. Elvis a fait recouvrir les
murs et le plafond d'une épaisse moquette verte, et il a fait
installer une énorme cascade en pierre. Elvis entretenait un
rapport particulier avec ce lieu qui lui était si cher. Il est
intéressant de noter que, le soir de sa mort, les lumières du
jardin de la méditation où il allait bientôt être enterré,
se sont mystérieusement éteintes.

images et texte extraits du livre de Jane et Michaël Stern "LE MONDE D'ELVIS" Editions FRANCE LOISIRS avec l'autorisation des EDITIONS RAMSAY